# 61 (2007)

Version numérisée

numéro61

Gilles Gallichan (3e Fauteuil)
La Ville de Québec et le défi de la capitale (1841-1865)
[The City of Québec 1841-1865: A Capital Challenge]

C’est lorsque Québec perd son statut de capitale, au moment de l’Union des Canadas en 1840, que ses élites, tant francophones qu’anglophones, mesurent davantage l’importance du siège du gouvernement dans la dynamique économique, sociale et culturelle de leur ville. Une longue bataille politique, opposant plusieurs villes canadiennes, s’amorce pour le choix d’une capitale permanente de l’Union. Québec perdra cette bataille au profit d’Ottawa, mais redeviendra après 1867 une capitale politique pour l’État québécois et une capitale symbolique pour le Canada français.

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In 1840, with the Union of Upper and Lower Canada, Québec loses its status as a capital. The municipal elites, both Francophone and Anglophone, soon come to realize how hosting the seat of government had played a key role in the city’s economic, social and cultural life. A long political battle begins, with various Canadian cities vying to become the permanent capital of the Union. Québec loses this battle to Ottawa, but in 1867 discovers a new role as the political capital of the Québec State and the symbolic capital of French Canada.

Marie-Thérèse Lefebvre (10e Fauteuil)
Le rôle de la musique dans la tradition des fêtes commémoratives à Québec entre 1859 et 1959
[The role music played in ceremonies celebrating Quebec City between1859 and 1959]

Les Fêtes du 400e anniversaire de la ville de Québec en 2008 sont issues d’une longue tradition commémorative qui illustre les tensions dans les représentations de l’histoire, entre le savant et le populaire, et entre l’Église et l’État. Car si ce dernier s’est plu à remémorer l’apport de Champlain à la fondation de la ville et de la civilisation canadienne-française, l’Église a toujours revendiqué, de son côté, l’importance de rappeler la présence de Mgr de Laval dans le développement de la jeune colonie. L’analyse du rôle de la musique dans la tradition des Fêtes commémoratives à Québec entre 1859 et 1959 illustrent à la fois l’impossibilité de séparer le tandem de ces deux figures majeures de la fondation de la ville de Québec et la complémentarité de leur représentation dans l’élaboration des programmes musicaux dont les choix témoignent de l’air du temps. Depuis ces airs d’opéras si en vogue au XIXe siècle et chantés par des artistes américains, les Fêtes ont progressivement fait appel aux musiciens et aux chanteurs locaux, pour finalement intégrer à leurs programmes des œuvres de jeunes créateurs de la région de Québec. On aura aussi observé que si le souvenir de Champlain est indissociable de celui de Mgr Laval, leur commémoration réciproque a suscité des manifestations musicales différentes, mais complémentaires, où folklore et chanson côtoyaient des œuvres de création.

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The celebration of Quebec City’s 400th anniversary in 2008 emerges from a long tradition of celebrations illustrating conflicts arising from the representation of history, conflicts between high (scholar) and low (popular) culture, between Church and State. If the State has focussed on reminding us of Champlain’s role in the founding of the city and the French-Canadian civilization, the Church has always claimed the importance of Mgr Laval in the development of the young colony. In studying the role music played in ceremonies celebrating Quebec City between 1859 and 1959, a clear picture emerges: the impossibility to separate Church and State, so important in the founding of Quebec City, but also how they complement each other and how the programming of music not only reflects this complementarity but also the Zeitgeist. If operas arias sung by American artists were so much heard during the 19th century, local musicians and singers were gradually called on in celebrations, up to the point where ultimately, works by young composers from the region of Quebec City were part of the music programming. If the memory of Champlain is closely linked with that of Mgr Laval, their reciprocal commemoration initiated musical events that were different but complementary where folk music and songs were heard along with works of composers.

Jocelyne Mathieu (7e Fauteuil)
Les Fêtes de Champlain lors du 350e anniversaire de Québec. À propos de la reconstitution des costumes
[The Champlain Celebrations at the 350th Anniversary of Québec City. Reconstituting the Costumes]

Le paysage est parsemé de monuments et de plaques souvenirs qui fixent dans le temps et dans l’espace des scènes et des pensées immortalisées dans la pierre et le métal. De façon occasionnelle et sur une base temporaire, la reconstitution de costumes s’avère aussi un moyen de rappeler le passé et de renouer avec un épisode de l’histoire revisitée. Toutes les célébrations commémoratives ont recours à la résurrection de personnages pour suggérer l’époque à évoquer, mais il est rare de trouver des renseignements sur la démarche empruntée pour concevoir et reconstituer les costumes. Le 350e anniversaire de la fondation de Québec a laissé quelques traces à ce propos dans les archives de Madeleine-Doyon-Ferland, spécialiste et conseillère en la matière. Le respect de la vérité historique doit se conjuguer à l’effet spectaculaire qui doit être produire en engendrant des personnages vivants et crédibles. Les commémorations sont porteuses de messages et leurs invités investis d’une mission. Les costumes en sont l’expression

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Monuments and souvenir plates are scattered across the landscape, providing temporal and spatial evidence of scenes and thoughts set in stone and metal. Occasionally, and temporarily, costume reconstitution can also be used to call up the past and revisit an episode from history. All the commemorative celebrations include character resurrection as a means of evoking the period in question, but it is rare to find information on the actual process of designing and reconstituting the characters’ costumes. The 350th anniversary of the founding of Québec City has generated some evidence of this process in the archives of Madeleine Doyon-Ferland, a costume specialist and consultant. Historical accuracy must be combined with spectacular impact to produce living and credible characters. The commemorative celebrations convey a number of messages and their guests have a mission, all of which is embodied in their costumes.

Marcel Moussette (9e Fauteuil)
Faucher de Saint-Maurice, pionnier de l’archéologie historique au Québec
[Faucher de Saint-Maurice, a forerunner of historical archaeology in Québec]

Écrivain, politicien et militaire Faucher de Saint-Maurice (1814-1897) est considéré comme l’un des précurseurs de l’archéologie historique telle qu’elle se pratique actuellement au Québec. Pourtant, durant toute sa vie, il n’a effectué qu’une seule fouille archéologique, celle de la chapelle du Collège des jésuites de Québec, en 1878. Jusqu’à quel point peut-on attribuer à Faucher de Saint-Maurice ce statut de pionnier à partir d’une unique intervention? C’est à cette question que cet article tente de répondre en tenant compte du contexte de la pratique archéologique au XIXe siècle, des écrits de Faucher de Saint-Maurice lui-même et des résonances encore actuelles de son intervention.

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Writer, politician and military man, Faucher de Saint-Maurice (1844-1897) is considered a forerunner of historical archaeology as it is practised today in Québec. However, during his lifetime, he completed only one archaeological dig, in 1878, on the site of the chapel of the Collège des Jésuites in Québec City. To what degree can this pioneer status be attributed to him on the basis of a single excavation? This is the question this paper attempts to answer by taking into account the context of the practice of archaeology in the 19th century, Faucher de Saint-Maurice’s own writings, and echoes of his archaeological activity in present-day practice.

Denys Delâge (4e Fauteuil)
Kebhek, Uepishtikueiau ou Québec: histoire des origines
[Kebhek, Uepishtikueiau or Québec: a history of origins]

Le 3 juillet 1608, Champlain a nommé le lieu de son débarquement : «Québec, ainsi appelé des Sauvages» écrivait-il. En langues algonquiennes, le toponyme désigne le détroit du fleuve. La pointe de Québec s’avançait dans le fleuve, émergeant de vastes battures exceptionnellement propices à la vie animale. Québec était localisé en territoire des Montagnais (ou Innu) et ceux-ci ont gardé la mémoire de l’arrivée des «chercheurs de terres» qui leur ont promis de la farine. Des combats auraient suivi et les Montagnais se seraient repliés. Nous tentons d’établir des correspondances entre la tradition orale et l’histoire. La «fondation» s’inscrivait dans la prolongation d’un traité d’alliance de 1603 conclu près de Tadoussac. Les Français ont choisi ce site pour échapper au monopole montagnais sur la traite à Tadoussac et imposer le leur. En conséquences, les relations franco-montagnaises ne furent pas toujours harmonieuses et par delà de nombreux échanges, les Montagnais ont tenté d’échapper au contrôle des Français.

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On 3 July 1608, Champlain named the place where he landed: “Québec, as the Savages call it” he wrote. In the algonquian language, the toponym refers to the strait in the Saint Lawrence river. Québec’s headland plunged into the river, revealing huge reefs teeming with animal life. Québec was located in Montagnais (or Innu) territory and the latter have retained the memory of the arrival of the “land seekers” who promised them flour. Battles appear to have followed and the Montagnais appear to have retreated. We are trying to establish links between oral tradition and history. The “founding” of Québec was part of the extension of a treaty made near Tadoussac in 1603. The French chose the site in order to avoid the Montagnais fur trade monopoly in Tadoussac and establish their own. Consequently, Franco-Montagnais relations were not always harmonious and despite much trading between the two groups, the Montagnais tried to free themselves from French control.

Bernard Andrès (6e Fauteuil)
Québec 1759 : chroniques d’une ville assiégée (I : de 1628 à 1711)
[Quebec 1759 : chronicles of a city under siege. Part one : from 1628 to 1711]

En raison de sa position stratégique, mais aussi de sa valeur symbolique (Québec métaphore du Québec), la Vieille Capitale figure comme LA ville en état de siège, de l’époque de Champlain à nos jours. C’est ce curieux destin de cible et de victime, mais aussi de forteresse inexpugnable ou d’héroïne nationale que l’on évoque ici. La réflexion est menée à partir d’un certain nombre de chroniques et poèmes relatant les principales attaques dirigées contre Québec aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il s’agit des trois campagnes suivantes : 1628-1629 (par les frères Kirke), 1690 (par William Phips) et 1711 (par Honvenden Walker).

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Because of its strategic location and symbolical importance (Quebec City as an emblem of the whole province of Quebec), the Old Capital is, since the times of Champlain until today, THE figure of the city under siege. Its portrayals as a target and a victim, but also as impregnable fortress or as a national female hero, are the main topics of these pages. The analysis is based on various chronicles and poems narrating the three blockades of the city of Quebec that were attempted during the 16th and 17th centuries : the 1628-1629, 1690 and 1711 campaigns under the consecutive commands of the Kirke brothers, William Phips and Honvenden Walker.

Fernand Harvey (8e Fauteuil)
Itinéraire de quatre pionnières de la vie culturelle à Québec après 1945
[The cultural careers of four pioneer women in the city of Québec after 1945]

À Québec comme partout ailleurs, la place des femmes dans la sphère publique est relativement récente. L’idée qu’une femme puisse poursuivre des études universitaires, travailler à l’extérieur de la maison ou entreprendre une carrière après le mariage a commencé à se généraliser peu avant les années 1960. Dans ce long cheminement, certaines femmes ont joué un rôle pionnier. Cet article examine le parcours de vie de quatre de ces femmes qui ont réussi à faire leur marque dans le milieu culturel et médiatique de la ville de Québec au cours des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale : Francoise Larochelle-Roy, Simone Bussières, Georgette Lacroix et Monique Duval. L’itinéraire biographique de ces pionnières permet de mieux comprendre les singularités de leur insertion dans le milieu culturel et professionnel, en même temps que les points communs qui les relient toutes quatre au contexte d’une époque. On les suivra donc depuis l’enfance jusqu’à la vie adulte où elles évolueront dans l’enseignement, le journalisme, l’animation radiophonique, ainsi que dans le monde des lettres.

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In the city of Québec like elsewhere, the arrival of women on the public scene is a relatively recent phenomenon. The notion that a woman could earn a university degree, work outside the home or pursue a career after marriage became widespread just before the 1960s. Some women were pioneers on this long journey. This article examines the life work of four such women who succeeded in making their mark in the field of culture and the media in Québec City in the period following World War II: Francoise Larochelle-Roy, Simone Bussières, Georgette Lacroix and Monique Duval. The biographical itinerary of these pioneers allows a better understanding of the distinctive features surrounding their integration into the professional and cultural field as well as the common features that link all four to the context of the period in which they lived. We shall follow them from infancy to adulthood and observe their careers in teaching, journalism, radio broadcasting and letters.

Simon Langlois (1er Fauteuil)
La sociologie de la ville de Québec
[The sociology of Quebec City]

Cet article propose une vue d’ensemble des caractéristiques de la ville de Québec à partir d’études faites par les spécialistes des sciences sociales et les historiens. A la fois ville atlantique et ville continentale, Québec porte la marque de son histoire et des choix passés, mais elle est aussi en plein renouveau. Elle a été jusqu’à récemment une ville de migrants francophones et elle est devenue au cours du XXe siècle une capitale régionale et une ville au service d’un État provincial francophone, d’où ses caractéristiques spécifiques de ville de classe moyenne. Le secteur économique privé et le secteur culturel contribuent aussi à définir la spécificité de la capitale au même titre que la fonction publique. Québec a connu historiquement deux centres de développements et les spécialistes la décrivent comme une ville polycentrique et même polynucléaire. Le centre de la ville est en renouveau urbanistique et une nouvelle population s’y établit, notamment une main-d’œuvre féminine active qui contribue à sa revitalisation. L’article aborde enfin la question du mystère de Québec et propose une hypothèse explicative en lien avec ses traits constitutifs. L’économie du savoir ouvre à Québec des perspectives nouvelles et inscrira la ville dans un nouvel espace économique qui sera sans doute favorable à son développement.

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The article presents an overview of Québec City’s characteristics gleaned from studies completed by historians and specialists in the social sciences. At the same time an Atlantic and a continental city, Québec bears the signs of her history and past choices but it is a city undergoing renewal. Until recently, Québec was a city of French-speaking migrants but over the twentieth century she has become a regional capital and service centre for a French provincial state which helps explain her specific characteristics as a city of the middle classes. The private and cultural sectors in addition to the public service sector each contribute to the capital city’s specificity. Historically, Québec can boast two centres of development and the specialists describe it as a polycentric city. The city centre is undergoing urbanistic renewal and a new population is taking up residence, notably an active female workforce that is contributing to its revitalization. The article also examines the mystery of Québec and offers an explanatory hypothesis in relation to its constituent features. The knowledge economy is opening up new prospects for Québec and is placing the city in a new economic space that will undoubtedly favour her further development.

Yvan Lamonde (2e Fauteuil)
André Laurendeau en Europe (1935-1937) : la recherche d’un nouvel ordre.
[André Laurendeau in Europe (1935-1937) : a search for a new order]

Le voyage d’André Laurendeau (1935-1937) en France constitue un moment décisif dans l’itinéraire intellectuel et politique du voyageur et du Canada français. Laurendeau est à Paris au moment où paraît son tract, Notre nationalisme, qui est la formulation de la « doctrine » des Jeune-Canada (décembre 1932- ). Les deux événements relèvent d’un contre-temps rare en histoire : c’est, en effet, au moment où il trouve sa voie « laurentienne » que Laurendeau se met à douter de façon irréversible du nationalisme. Cette désarticulation intellectuelle éclaire la décennie 1930; car au-delà du fait que Maurice Duplessis récupérera, à sa première élection en 1936, le nationalisme intempestif et indépendantiste de La Nation et des Jeunesses Patriotes, on se demande ce qu’aurait été cette « aube » de 1932 (le mot est de Groulx) si Laurendeau avait persisté dans sa vision Jeune-Canada du nationalisme laurentien, lui qui était l’inspiration du mouvement. Ce voyage demeure initiatique sur un autre plan : alors qu’au même moment, le poète de Saint-Denys Garneau rate, intellectuellement et émotivement son voyage, Laurendeau fait du sien le degré zéro d’un ajustement progressif du Canada français à la France contemporaine. La Crise des années 1930 traverse toutes ces initiatives.

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André Laurendeau’s trip in France (1935-1937) reveals to be a critical moment in both French Canada and traveller’s intellectual and political journey. Laurendeau is in Paris when is published his tract, Notre nationalisme, vademecum of the « doctrine » of the Jeune-Canada (December 1932- ). These circumstances create a rather unusual mishap in history : a the very moment he discovers his way in a laurentian/independantist nationalism, Laurendeau begins to experiment doubts about nationalism. This intellectual gap brings some light on the 1930’s : beyond the fact that Maurice Duplessis will recuperate, at his first election in 1936, the intempestive and independantist nationalism of La Nation and Jeunesses Patriotes, one wonders what this dawn of 1932 (the word is Groulx’s) would have been if Laurendeau, the inspiration of the movement, would have persisted in his Jeune-Canada vision of a laurentian nationalism. His trip was a breakthrough in another manner : since that at the same time poet de Saint-Denys Garneau misses his own trip to France, intellectualy and emotionaly, Laurendeau’s one was a kind of première in the new adjustement of French Canada to contemporary France.