Pierre Trépanier

Biographie

On m’a dit que je suis né en 1949. Je n’ai pas de raison d’en douter. La date de naissance de ma vocation d’historien est plus problématique. À l’école primaire, mes manuels d’histoire, écrits si je ne m’abuse par des clercs de Saint-Viateur, ont attisé ma curiosité, entretenue par les téléromans Radisson et Sang et Or, confirmée, plus tard, par d’Iberville, autre série télévisée. Au collège, dans les classes de grammaire, un professeur nous enseignait l’histoire ancienne par leçons magistrales et prise de notes, préfiguration de ce que, étudiant, j’allais connaître à l’université. À l’adolescence, je découvrais donc l’érudition historique et le métier d’historien. Mon père était farouchement antiduplessiste ; j’ai épousé la détestation paternelle. Un jour, un choc est venu ébranler mes jeunes certitudes : une modiste amie de ma grand-mère et de ma mère me fit cadeau de Quinze ans de réalisation de Robert Rumilly, à la gloire de Duplessis et de l’Union nationale. Ainsi, sur un même sujet, des gens sensés pouvaient en juger différemment : l’histoire suscitait des débats et la vérité historique, malaisée à établir, ne faisait pas nécessairement l’unanimité. Deux autres lectures de mon temps de collège me reviennent à la mémoire. Je me plongeai dans les Mémoires d’outre-tombe, dans l’édition du Livre de poche, la seule à la portée de ma bourse. Oh ! les grandes orgues de Chateaubriand ! Et que de réflexions saisissantes : « L’homme n’a pas une seule et même vie ; il en a plusieurs mises bout à bout, et c’est sa misère. » Un devoir d’histoire me met dans les mains l’Histoire du Canada français depuis la découverte de Lionel Groulx : j’apprends l’importance de l’histoire nationale, récit du destin tragique de mon peuple. Je ferai d’ailleurs ma rhétorique au séminaire de Sainte-Thérèse au moment de sa mue en collège Lionel-Groulx. J’observais dans l’alma mater du grand historien la fin d’une institution essentielle de l’ancienne société, le collège classique, et la naissance tourmentée d’une nouvelle, le cégep.

À l’université de Sherbrooke (1968-1970), je me cherchais : le latin et la philosophie risquaient de me détourner de Clio. La crise du latin dans l’enseignement secondaire, déjà perceptible, me poussa à abandonner le programme latin-grec par peur du chômage car je n’envisageais guère qu’une seule carrière, l’enseignement. Écartelé entre la philosophie et l’histoire, attiré par la littérature française, mon cœur balançait ; l’histoire eut le dessus. J’ai beau fouiller mes souvenirs, je ne parviens pas à préciser les motivations de mon choix. Disons provisoirement que c’est la faute à d’Iberville.

Sur mes études d’histoire proprement dites, à l’université d’Ottawa — maîtrise en 1972, doctorat en janvier 1976 —, je ne trouve guère à dire, sinon qu’elles me donnèrent l’occasion de rencontrer ma femme. Quelques professeurs auraient pu être des maîtres ; ils ont choisi l’administration. Toujours obsédé par la nécessité de gagner ma vie, je m’inscrivis au certificat en psychopédagogie à l’Université du Québec en Outaouais.

Je m’inquiétais pour rien. Chargé de cours à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (1976), je dois choisir entre le lycée Claudel d’Ottawa, le collège Saint-Alexandre de la Gatineau et l’université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, le seul établissement universitaire qui m’offre un poste à temps plein. Je jette mon dévolu sur l’université acadienne, dont je garde un bon souvenir et à laquelle je voue toute ma gratitude : je lui dois ma carrière. On m’y charge d’une multitude d’enseignements, qui vont de la méthode historique à l’histoire des États-Unis en passant par l’histoire du Québec et même l’histoire de l’Acadie. Au cours des quatre années que j’y passe, soit de 1976 à 1980, je confirme la grande leçon apprise à Ottawa : en milieu minoritaire, ce qui est français devient bilingue, et ce qui est bilingue devient anglais. Sans sursaut national, voilà la trajectoire qui attend le Québec.

En 1980, l’Université de Montréal m’engage ; j’y resterai jusqu’à ma retraite en 2010. Je me passionne pour l’histoire intellectuelle, à laquelle on vient tôt ou tard quand on croit au rôle historique des idées, qui ne sont pas que des échos, des reflets ou des sous-produits de la structure sociale. L’histoire du catholicisme québécois m’intéresse aussi grandement. L’équipe de la Fondation Lionel-Groulx responsable de l’édition critique des œuvres de l’historien m’invite en son sein. Grâce à la générosité du regretté André Vachon, la Société des Dix m’accueille, au premier fauteuil, en 1988. Je m’en retirerai en 2006.

En 1991-1992, je dirige la Revue d’histoire de l’Amérique française ; l’Institut me renvoie à la suite d’un désaccord sur la liberté d’expression, vain mot dès que l’occasion de l’appliquer un peu sérieusement se présente, comme chacun sait. Je me concentre sur l’histoire intellectuelle des droites. Écœuré par les sempiternelles querelles au département d’histoire de l’Université de Montréal, j’entends sonner l’heure de la retraite en 2010.

Adresse postale : C.P. 56507, Montréal (Québec) H1W 3Z3
Courriel : pierre.trepanier@umontreal.ca

Articles publiés dans Les Cahiers des Dix

Titre Parution

  • Robert Rumilly et la fondation du Centre d’information nationale (1956) 44 (1989), p. 231-254
  • Rameau de Saint-Père et Proudhon (1852-1853) 45 (1990), p. 169-191
  • La religion dans la pensée d’Adrien Arcand 46 (1991), p. 207-247
  • Lionel Groulx, historien 47 (1992), p. 247-277
  • Les droites au Canada français (1770-1970) 48 (1993), p. 119-164
  • Quel corporatisme ? (1820-1965) 49 (1994), p. 159-212
  • Esdras Minville (1896-1975) et le traditionalisme canadien-français 50 (1995), p. 255-294
  • Le premier Fauteuil (G. Malchelosse, Ph. Sylvain) 51 (1996), p. 11-38
  • Le maurrassisme au Canada français 53 (1999), p. 167-233
  • Un projet d’enquête sur la jeunesse universitaire (1913) 54 (2000), p. 137-169
  • L’étudiant idéal vers 1913 55 (2001), p. 117-148
  • Les tribulations d’André Dagenais 56 (2002), p. 235-295
  • Lucien Campeau s.j. (1914-2003) 57 (2003), p. 21-30
  • Le philosophe André Dagenais devant la critique 57 (2003), p. 205-262
  • Ni francophile, ni gallophobe. Lionel Groulx voyageur 58 (2004), p. 71-104
  • André Vachon (1933-2003) (nécrologie) 58 (2004), p. 135-169
  • Victor Barbeau, anarchiste de droite 59 (2005), p. 55-87

Livres publiés seul ou en collaboration

  • Siméon Le Sage. Un haut fonctionnaire québécois face aux défis de son temps (1867-1909), Montréal, Bellarmin, 1979, 187 p.
  • « Remembrement de l’Église d’Acadie », Dom Guy Marie Oury, sous la dir. de, La Croix et le Nouveau Monde. Histoire religieuse des francophones de l’Amérique du Nord, Chambray (France), C.L.D.; Montréal, C.M.D., 1987, 249 p., p. 151-167. (Outre Dom Oury et moi même, les collaborateurs sont Jean Hamelin, André N. Lalonde, Charles Lemarie, Lucien Lemieux et Nive Voisine. J’ai signé le chap. 9.)
  • Lionel Groulx, Correspondance, 1894-1967, vol. 1, Le prêtre-éducateur (1894-1906), édition critique en collaboration avec Giselle Huot et Juliette Lalonde-Rémillard, Montréal, Fides, 1989, cliv-858 p.
  • « La Société canadienne d’économie sociale de Montréal (1888 1911) et les conditions de la vie intellectuelle au Québec », Jean Rémi Brault, textes colligés par, Montréal au XIXe siècle. Des gens, des idées, des arts, une ville, Actes du colloque organisé par la Société historique de Montréal (Automne 1988), Montréal, Leméac, 1990, 270 p., p. 85-97.
  • Lionel Groulx, Correspondance, 1894-1967, vol. 2, Un étudiant à l’école de l’Europe (1906-1909), édition critique en collaboration avec Giselle Huot et Juliette Lalonde-Rémillard, Montréal, Fides, 1993, lxxxiv-839 p.
  • « Vie intellectuelle », Jacques Rouillard, sous la direction de, Guide d’histoire du Québec du régime français à nos jours, 2e éd. rev. et augm., Montréal, Éditions du Méridien, 1993, 354 p., chap. XV, p. 253-266.
  • « Relations canado-acadiennes », Pierre-Maurice Hébert, Les Acadiens du Québec, Montréal, Éditions de l’Écho, 1994, 478 p., chap. 33, p. 431-461. J’y signe aussi la préface, p. 3-5.
  • « L’histoire qui s’écrit et l’histoire qui se fait. Essai sur l’amitié entre Acadiens et Canadiens français », Collectif, Pour un renforcement de la solidarité entre francophones au Canada. Réflexions théoriques et analyses historique, juridique et sociopolitique, Dossiers du Conseil de la Langue française, no 42, 1995, viii-412 p., p. 153-186. [Reproduction de mon chapitre dans l’ouvrage de P.-M. Hébert, ci-dessus.]
  • « Une admiration intelligente », Giselle Huot, dir., Dits et gestes de Benoît Lacroix, prophète de l’amour et de l’esprit, Saint-Hippolyte et Montréal, Éd. du Noroît et Fondation Albert-le-Grand, 1995, 735 p., p. 311-315, 400-401 (pour les notes).
  • Une histoire libérale des idées au Québec. Analyse critique, causerie-débat tenue à Montréal, le samedi 23 février 2002, Club du 3-Juillet, 44 p.
  • Qu’est-ce que le traditionalisme ?, causerie-débat tenue à Montréal, le samedi 8 juin 2002, Club du 3-Juillet, 53 p.
  • Lionel Groulx, Correspondance, 1894-1967, vol. 3, L’intellectuel et l’historien novices (1909-1915), édition critique par Gisèle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier, Montréal. Fides, 2003, 1045 p. Voir en particulier Pierre Trépanier, «Introduction. In toga candida. L’apprenti intellectuel», p. 11-145.
  • « L’historien et la tradition », dans Damien-Claude Bélanger, Sophie Coupal et Michel Ducharme, dir., Les Idées en mouvement : perspectives en histoire intellectuelle et culturelle du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 2004, p. 77-105.
  • Lionel Groulx, Correspondance, 1894-1967, vol. 4, Le conférencier traditionaliste et nationaliste (1915-1920), édition critique par Gisèle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier, Montréal, Fondation Lionel-Groulx, 2013, 745 p. Voir en particulier Pierre Trépanier, « Le conférencier traditionaliste et nationaliste », p. 47-113. — La version numérique des quatre tomes est disponible gratuitement sur le site de la Fondation Lionel-Groulx.

Articles

  • « Robert Rumilly, historien engagé », L’Action nationale, vol. 73, no 1, septembre 1983, p. 9 40.
  • « Roger Duhamel (1916 1985) », L’Action nationale, vol. 75, no 2, octobre 1985, p. 103 118.
  • « A l’occasion du 75e anniversaire de la fondation de l’École Sociale Populaire », L’Action nationale, vol. 75, no 5, janvier 1986, p. 399 421.
  • « Richard Arès », L’Action nationale, vol. 82, no 2, février 1992, p. 167-198.
  • « Esdras Minville et le nationalisme franco-canadien (1896-1975) », Écrits de Paris. Revue des questions actuelles (Paris), no 555, mai 1994, p. 41-46.
  • « Les Intellectuels québécois de l’entre-deux-guerres selon Catherine Pomeyrols : une analyse décevante », Les Cahiers d’histoire du Québec au XXe siècle, no 8, automne 1997, p. 225-230.
  • « La Société canadienne d’économie sociale de Montréal, 1888 1911 : sa fondation ses buts et ses activités », The Canadian Historical Review, v. 67, no 3, septembre 1986, p. 343 367.
  • « La Société canadienne d’économie sociale de Montréal (1888 1911) : ses membres, ses critiques et sa survie », Histoire sociale / Social History, v. 19, no 38, novembre 1986, p. 299 322.
  • « Les influences leplaysiennes au Canada français, 1855 1888 », Revue d’études canadiennes / Journal of Canadian Studies, v. 22, no 1, printemps 1987, p. 66 83.
  • Pierre Trépanier et Stéphane Pigeon, « Lionel Groulx et les événements de 1837-1838 », Les Cahiers d’histoire du Québec au XXe siècle, no 8, automne 1997, p. 36-58.
  • « Faire de l’histoire à la manière de Ronal Rudin », Bulletin d’histoire politique, vol. 7, no 1 (automne 1998), p. 106-118.
  • « L’histoire intellectuelle selon Jean de Viguerie », Mens. Revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française, vol. 4, no 2 (automne 2001), p. 5-15.
  • « Le renard ayant la queue coupée ou La luxuriance des études groulxiennes (1999-2003) », Mens. Revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française, vol. 4, no 2 (printemps 2004), p. 273-307.

Études sur Pierre Trépanier

— P. Trépanier et l’historiographie québécoise

Martin Petitclerc, « Notre maître le passé ? Le projet critique de l’histoire sociale et l’émergence d’une nouvelle sensibilité historiographique », dans Francis Dupuis-Déry et Marc-André Éthier, sous la dir. de, La Guerre culturelle des conservateurs québécois, M Éditeur, 2016, p. 119-125, 128.

— P Trépanier et l’historiographie acadienne

Patrick D. Clarke, sous la dir. de, Clio en Acadie. Réflexions historiques, Québec, Presses de l’université Laval, 2014, p.37-39, 50-55, 188 et passim.

Damien Rouet, Compte rendu du collectif Économie et société en Acadie (1996), dans la revue Égalité, printemps-automne 1996, p. 239.

— P.Trépanier et les droites québécoises

Xavier Gélinas, La Droite intellectuelle québécoise et la Révolution tranquille, Québec, Presses de l’université Laval, 2007, p. 7-8 et passim.

Jean-François Nadeau, Robert Rumilly, l’homme de Duplessis, Montréal, Lux, 2009, p. 302-309.

Guy Laperrière, « Les dix ans de Mens », Mens. Revue d’histoire intellectuelle et culturelle, vol. 11, no 1 (automne 2010), p. 10, 12, 16-17, 20-21, 31, 33.

Fonds d’archives relatifs à Pierre Trépanier

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