Chronique # 66 (2012)

Par Yvan Lamonde et Marcel Moussette

Jean Provencher, Prix des Dix 2013

Cette année, le Prix des Dix est décerné à l’historien Jean Provencher. Originaire de Trois-Rivières, Provencher a effectué ses études à l’Université Laval de Québec et à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine de Paris. Il est l’auteur de nombreux articles de journaux et de plusieurs livres portant sur l’histoire et le patrimoine dont les principaux titres sont : Canada-Québec, Synthèse historique (en collaboration avec D. Vaugeois et J. Lacoursière,1969) ; Québec sous la loi des mesures de guerre, 1918 (1971) ; Brève histoire du Québec (en collaboration avec Jean Hamelin, 1981) ;Chronologie du Québec (1991) ; Un citadin à la champagne(1995) ; L’histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine (2007). En outre, il est aussi l’auteur d’un recueil de poèmes, Les Sangles, et d’une pièce de théâtre, Québec, printemps 1918 (en collaboration avec Gilles Lachance). Toutefois, son oeuvre maîtresse, qui a connu un grand succès populaire, demeure Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent d’abord publiée en quatre volumes, saison par saison à partir de C’était le printemps en 1980 jusqu’à C’était l’hiver en 1986. L’ensemble de cette production, effectuée avec constance année après année souvent avec des moyens limités, témoigne de la grande passion de Jean Provencher envers l’histoire et le patrimoine québécois de même que leur diffusion dans toutes les couches de la société.

Premier Fauteuil : Simon Langlois

Lauréat du Prix international du Gouverneur général du Canada en études canadiennes (mai 2012) et élu président (2013-2015) de l’Académie des sciences sociales de la Société royale du Canada, Simon Langlois a publié Intentions d’auteurs sur le Québec, le Canada et les sciences sociales (Éditions Nota Bene, 2012). Il poursuit ses recherches (FQRSC, 2012-2014) sur les représentations sociales de la pauvreté et des inégalités au Québec.

Deuxième Fauteuil : Yvan Lamonde

Yvan Lamonde est engagé dans la rédaction du tome 4 de son histoire des idées dont le titre de travail est « La modernité au Québec (1939-1965). La victoire différée du présent sur le passé ». Il vient de compléter l’histoire du Département de langue et littérature françaises (1853-1970) de l’Université McGill.

Il a publié sur un certain nombre de trajectoires intellectuelles : Papineau. Erreurs sur la personne, Montréal, Boréal, 2012 (avec Jonathan Livernois) ; « Introduction », Louis-Joseph Papineau, Lettres à sa famille, 1803-1871, édition établie et annotée par Georges Aubin et Renée Blanchet, Sillery, Septentrion, 2011, p.7-11 ; « Un parcours intellectuel et politique fait de ‘combinaisons’ et de repositionnements », dans Ivan Carel et Samy Mesli (dir.), Hector Fabre, Montréal, vlb éditeur, 2011, p. 59-90 ; « Un visa chrétien pour l’art abstrait et pour un affranchissement : Marie-Alain Couturier, o.p. au Québec (1940-1945) », Voix et images XXXVII, 2, 110, hiver 2012, p. 35-52 ; « Préface », André Lussier, Un psychanalyste dans son siècle, Montréal, Del Busso, 2012, p. 7-11 ; « Présentation de la lauréate et de la conférencière », Les conférences Gérard-Parizeau, 11e conférence, Lucia Ferretti, Du ‘devoir de charité’ au ‘droit à l’aide publique’ : naissance de l’État-Providence au Québec, le 5 octobre 2011, Montréal, Université de Montréal, p. 8-14.

Il a participé à deux collectifs, l’un sur l’histoire de Montréal ( « La sociabilité montréalaise au XIXe siècle : la présence des cultures francophone et anglophone », dans Dany Fougères (dir.), Histoire de Montréal et de sa région, Québec, INRS/PUL, 2012, tome I, p. 747-774 ; « Naissance et affirmation de la culture commercialisée (1840-1896) », ibidem, p. 777-799) et l’autre sur la place de la radiophonie en histoire culturelle ( « Le médium est le message : un message impératif pour l’historien ? », dans Robert Dion, Ute Fendler, Albert Gouaffo und Christoph Vatter (hrsg.), Interkulturelle Kommunikation in der Frankophonen Welt. Literatur, Medien, Kultutransfert. Fetschriftt zum 60. Geburstag von Hans-Jürgen Lüsebrink, St. Ingbert, Röhrig Universitätsverlag, 2012, p. 349-360).

Il a présenté les communications suivantes : Montréal, Académie des lettres du Québec, colloque sur « La transmission de la culture » : « Délestage et lestage dans la transmission », 28 octobre 2011 ; Québec, CRILCQ, colloque « DOLQ : témoin ou acteur de l’essor des études littéraires québécoises ? » : « Le DOLQ plus près de l’histoire culturelle que de l’histoire intellectuelle ? », 18 octobre 2011 ; Toronto, Toronto Center for the Book : « Book History and Breakthroughs in Canadian and Quebec Cultural History », janvier 2012 ; Porrentruy (Jura suisse), colloque international du Centre suisse d’études sur le Québec et la Francophonie, co-organisation avec Claude Hauser (Fribourg) et communication : « S ignification des mouvements migratoires en Suisse et au Québec depuis 1945 »,10 mars 2012 ; Québec, Université Laval, Faculté des sciences sociales et la Revue Tocqueville/ The Tocqueville Review, « Républicanisme, multiculturalisme et laïcité » : « Éléments pour une pédagogie de la laïcité au Québec », 5 octobre 2012.

Il a été finaliste, Prix Pierre-Vadeboncoeur de la CSN, pour La modernité au Québec (1929-1939). La Crise de l’homme et de l’esprit.

Troisième Fauteuil : Gilles Gallichan

Gilles Gallichan a rendu l’immense service de faire l’index complet des Cahiers des Dix depuis 1936. Depuis l’été 2012, l’index général rétrospectif des Cahiers depuis le premier numéro de 1936 est disponible pour les abonnés et les lecteurs des Dix sur le site internet de la Société des Dix.

Il poursuit ses travaux de transcription et d’édition de la correspondance et d’autres documents de Pierre-Stanislas Bédard. Une publication pourrait voir le jour en 2014. Ses publications sur Bédard incluent « Pierre Bédard, les Canadiens et la Guerre de 1812 », L’Action nationale, vol. CII, no 4, avril 2012, p. 64-78 ainsi que « Pierre Bédard et les patriotes de 1810 », dans Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot [dirs], La culture des patriotes, Québec, Septentrion, 2012, p. 43-58, ouvrage auquel ont aussi contribué Bernard Andrès et Louis-Georges Harvey.

Son intérêt pour l’histoire de l’imprimé a donné lieu à deux articles : « Les premiers sentiers du savoir. Aux origines de la bibliothèque du collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (1827-1900) », Documentation et Bibliothèques, vol. 58, no 2, avril-juin 2012, p. 53-61 et à une courte synthèse de son importante contribution de l’an dernier dans Les Cahiers des Dix, « Le gouverneur Dalhousie au miroir de sa bibliothèque », Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Automne 2012, vol. 41, no. 1, p. 30-34.

Il a fait trois conférences : à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (20 mai), sur Pierre Bédard, dans le cadre des célébrations de la journée nationale des patriotes sur la Côte-du-Sud ; à l’Université McGill (21 septembre), Les affluents partagés. Colloque autour de l’oeuvre d’Yvan Lamonde, colloque auquel ont participé d’autres membres des Dix ; au Secrétariat à la Jeunesse du Conseil exécutif du Québec (3 décembre) : « Comment et pourquoi Québec est devenue une capitale nationale ». Fernand Harvey y avait aussi fait une présentation en novembre sur « Le Secrétariat de la Province de Québec ».

Gilles Gallichan à participé à deux émissions radiophoniques : « Nouveaux regards sur l’histoire », animées par l’historien Robert Comeau et diffusées en novembre 2012 sur les ondes de Ville-Marie (Montréal), la première portant sur l’histoire du livre et sur les travaux de recherche historique à l’Assemblée nationale et la seconde portant sur l’histoire de la Société des Dix. Il a aussi participé en août 2012 à des émissions d’information diffusées à Radio-Canada sur des élections générales tenues en été dans l’histoire du Québec et sur l’évolution des moeurs électorales depuis 1792.

La direction du Patrimoine du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine a fait appel à son expertise et lui a demandé, en janvier 2012, de rédiger un mémoire de réflexion sur la désignation des personnages, événements et lieux historiques. Dans le cadre de l’application de la nouvelle loi sur les biens culturels, le gouvernement cherche à définir les critères, les procédures et les règlements qui devront entourer la reconnaissance nationale de lieux, d›événements ou de personnes ayant une signification dans l’histoire du Québec. Le ministère a consulté plusieurs historiens et des associations dévouées au patrimoine québécois pour définir les grandes lignes de sa politique.

Quatrième Fauteuil : Denys Delâge

Denys Delâge a publié avec Claude Hubert, « La mémoire orale contemporaine des Metabenutins Uininis (Algonquins de Trois Rivières) », Recherches Amérindiennes au Québec, vol. XI, nos 1-2, 2010, p. 83-101. Il a livré un testament épistémologique important, « Poursuivre la décolonisation de notre histoire », dans Alain Beaulieu et Stéphanie Chaffray (dir.), Représentation et pouvoir. La dynamique coloniale des échanges entre Autochtones, européens et Canadiens (XVIe- XXe siècle), Québec, Presses de l’Université Laval, 2012, p. 17-61. Cet ouvrage réunit des articles préparés à la suite du colloque organisé en 2007 en l’honneur de Denys Delâge et de Réal Ouellet, respectivement professeurs au Département de sociologie et des littératures de l’Université Laval.

Il a multiplié ses présentations au Québec, aux États-Unis et en Suisse : « Commemoration of Helen Hornbeck Tanner », Ethnohistory Conference, Pasadena, Californie, 22 octobre, 2011 ; « Pertinence de l’histoire des animaux : commençons par celle des chiens chez nous », Société Léon-Provancher, Québec, 8 décembre 2011 ; « La Grande Paix de Montréal de 1701 », « Les Dix Journées qui ont fait le Québec », série de conférences organisées par la Fondation Lionel- Groulx et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (conférence rediffusée sur Canal VOX) ; « Le contexte historique des interventions politiques et intellectuelles de Gallatin relatives aux indiens », conférence publique, Bibliothèque de Genève, 23 février 2012 ; « Gallatin entre l’esprit des Lumières et la raison d’État », Colloque à la Bibliothèque de Genève : « Gallatin Père de l’ethnologie américaine », 24 février 2012 ; « Les langues autochtones en Amérique du Nord : histoire et défis actuels », Conférence dans le cadre du cours de madame Claire Forel en sociolinguistique, Département de langue et littérature anglaises, Université de Genève, 24 février 2012.

Cinquième Fauteuil : Laurier Lacroix

Les activités de Laurier Lacroix ont gravité autour de trois axes qui ont défini son travail depuis des années : les arts en Nouvelle-France, défi qu’il s’était donné et à propos duquel il répond aux questions d’Yvan Lamonde un peu plus loin : En collaboration, Les arts de Nouvelle-France, Québec, Musée national des beauxarts du Québec, Les Publications du Québec, 2012 ; « Écrire l’histoire des arts de la Nouvelle-France », Cap-aux-Diamants, no 110, été 2012, p. 4-8, éditeur délégué pour ce numéro thématique Nouveau coup d’oeil sur les arts en Nouvelle-France. C’est sur ce sujet qu’il a fait les conférences suivantes : « Les arts en Nouvelle-France, quel héritage », Musée national des beaux-arts du Québec, 19 septembre 2012 ; « La présence des Amérindiennes dans l’art au Canada au 17e siècle », Colloque Imagining History, Montréal, Université Concordia, 4 mai 2012 ; « L’art en Nouvelle-France : nouvelles perspectives », Patrimoine Trois-Rivières, Manoir de Niverville, Trois-Rivières, 22 février 2012.

On a reconnu l’originalité et l’excellence de ce travail par une Mention honorable au Prix d’histoire du Gouveneur général pour l’excellence dans les musées : Histoire vivante ! 2012. Concernant l’axe des relations entre le Québec et la France, il a publié « Les artistes français au Québec et au Canada », e-crini(revue électronique), no 3, 2012, 10 p.

http ://www.ecrini.univnantes.fr/353541114/0/fiche____pagelibre/&RH=1332493528973

L’art contemporain au Québec a continué d’attirer son intérêt : « Stéphane La Rue. La couleur comme illusion de la peinture », Esse, no 76, automne 2012, p. 20-23 ; « Borduas et la fondation du Musée d’art contemporain de Montréal », Annales d’histoire de l’art canadien, vol. XXXIII, no 1, 2012, p. 143-165. À ce titre, il a été nommé administrateur et secrétaire de la Fondation Guido Molinari. Enfin, il a été reçu à l’Académie des lettres du Québec en 2012.

Sixième Fauteuil : Bernard Andrès

Dans son nouveau projet de recherche, « Archéologie de l’humour littéraire (XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles), Bernard Andrès se propose d’analyser les premières productions lettrées du Québec sous l’angle de l’humour verbal, ce jeu de langage qui transpose de façon plaisante tout objet, même le plus sérieux. Aucun ouvrage actuel ou passé n’embrasse l’humour québécois sur une longue période et dans l’ensemble de ses manifestations : les tout premiers poèmes, chansons, témoignages, récits, dialogues, textes théâtraux ou pièces d’éloquence ayant circulé au Québec, du Régime français à la Confédération (XVIIe-XIXe s.). Mécanisme de défense contre la souffrance, le rire ou le sourire a un effet cathartique chez l’individu. Mais l’humour agit aussi sur les mentalités collectives et sur l’identitaire : ainsi en est-il dans le discours journalistique, les brochures politiques, les parodies littéraires, les comédies, les satires ou dans certaines utopies déjouant la censure. Quand il parvient à provoquer ce rire libérateur, l’humoriste joue un rôle social déterminant. Il passe alors de simple amuseur public au statut d’« auteur » : il fait pleinement oeuvre littéraire. Il s’agira de vérifier cette hypothèse inusitée d’une « littérature, fille de l’humour ».

Bernard Andrès a publié aux Presses de l’Université Laval, Histoires littéraires des Canadiens au XVIIIe siècle et La guerre de 1812. Journal de Jacques Viger (avec la collaboration de Patricia Willemin-Andrès) ; il a fait paraître en 2012 dans la collection « L’archive littéraire au Québec » qu’il dirige aux PUL, Entretiens sur l’éloquence et la littérature de Joseph-Sabin Raymond, avec Marc André Bernier et Marie-Lise Laquerre.

Sa collaboration au collectif sous la direction de Charles-Philippe-Courtois et Julie Guyot (dir.), La culture des Patriotes, Québec, Les éditions du Septentrion, 2012, p. 25-42, avait pour titre : « Aux sources du républicanisme québécois ». Véritable globe-trotter, Bernard Andrès a fait les communications suivantes : Entrevue vidéo avec Jacques Godbout présentée au XIe Congrès International de l’Association brésilienne d’études canadiennes (ABECAN), Université fédérale de Bahia (Salvador, Bahia), 25 octobre 2011) : http://capsulevideo.com/portfolio_item/Entrevue_avec_Jacques_Godbout_pou… ; « Théorie et pratique du roman historique », séminaire donné à l’Université de Nouvelle-Calédonie, Campus Nouville, Nouméa, février 2012 ; « Faiblesses et dangers de la ‘laïcité ouverte’ », communication au colloque du Groupe de travail sur la laïcité : « Laïcité : enjeux politiques et propositions juridiques », Université de Montréal, Faculté de droit, 24 avril 2012 ; « Lumières encyclopédiques et lumière maçonnique au Québec aux XVIIIe et XIXe siècles », conférence aux Entretiens de l’Association philosophique E.M.C.A, Porquerolles, France, 29 avril 2012 ; « Le Fauteuil et l’agent double », communication au colloque « Les affluents partagés. Colloque autour de l’oeuvre d’Yvan Lamonde », Université McGill, 21 septembre 2012.

Actif dans le milieu culturel montréalais et à la Maison des écrivains de l’UNEQ, il a présenté l’écrivain colombien Javier Osuma García et l’écrivain Daniel Saldaña París et animé le débat avec ces écrivains, les 28 juin et 13 septembre 2012.

Septième Fauteuil : Jocelyne Mathieu

Jocelyne Mathieu travaille à la préparation d’une exposition virtuelle : « Moderniser et embellir le quotidien ». En rapport avec cette ethnologie du domestique et du quotidien, elle a publié « Le territoire domestique comme lieu d’un patrimoine discret », Patrimoine et valorisation des territoires, sous la direction de Laurent-Sébastien Fournier, Dominique Crozat, Catherine Bernié-Boissard, Claude Chastagner. Paris, L’Harmattan, 2012, p. 149-166. Avec Laurence Provencher Saint-Pierre, elle a collaboré à Cap-aux-Diamants : « Porter le deuil », no 107, 2012, p. 31-33.

Son intérêt pour l’histoire du textile et de la mode l’a amenée à présenter la communication suivante : « S ociologie de la broderie : Qui brode quoi et pour qui ? », Association française d’Étude du Textile, Journées d’études 2012, Le Puyen-Velay, 15-17 novembre.

Huitième Fauteuil : Fernand Harvey

Fernand Harvey a poursuivi et complété d’importants aspects de ses travaux récents sur l’histoire des politiques culturelles au Québec de 1867 à 1980.

Après avoir fourni des aperçus sur l’époque d’Hector Perrier (« Le ministre Hector Perrier et la création du Conservatoire de musique de la province de Québec en 1942 », dans Mireille Barrière, Claudine Audet et Fernande Roy (dirs.), Les 100 ans du prix d’Europe. Le soutien de l’État à la musique, de Lomer Gouin à la Révolution tranquille, Québec, PUL, 2012, p. 143-161), il a publié un recueil de textes du plus actif des Secrétaires de la province : La vision culturelle d’Athanase David, Montréal, Del Busso Éditeur, 2012.

L’une de ses conférences a porté sur ce sujet « Le Secrétariat de la province de Québec, 1868-1969. Un incubateur de nouveaux ministères », Secrétariat à la jeunesse du ministère du Conseil exécutif, (Québec, 19 novembre 2012) et deux autres au Brésil sur le patrimoine et la mémoire : « Le patrimoine et les musées au Québec : le rôle de l’État et des acteurs régionaux », Université fédérale de Rio Grande do Sul (UFRGS), devant le Grupo de Estudos em Memória, Patrimönio, sous la direction de Zita Possamai, Porto Alegre, Brésil, 19 sept. 2012 et « Le patrimoine entre l’État et la société civile. Le cas du Canada et du Québec », colloque « 11 Jornadas Mercosul Memoria, Ambiente e Patrimônio », Centro Universitario LaSalle, Canoas, Brésil, 17 septembre 2012.

Neuvième Fauteuil : Louis-Georges Harvey

Louis-Georges Harvey poursuit son projet « Tories, Whigs and Patriotes : le discours anglophone au Bas Canada entre 1791 et 1838 ». Ayant déjà analysé les représentations de l’Irlande et des Irlandais, il aborde maintenant la formation de l’identité impériale au Bas-Canada. Parallèlement, il amorce un nouveau projet, « La crise de l’Union 1822-1825 », éventuelle monographie utilisant les sources imprimées de langue anglaise et française et visant à analyser les enjeux identitaires de cette grande crise politique qui éclate autour du projet de réunir le Haut et le Bas-Canada dans une union législative.

Il a publié « Rome et la République dans le discours politique à l’époque des Patriotes », dans Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot (dir.), La culture politique des patriotes, Québec, septentrion, 2012, p. 141-156. Paraîtra au printemps 2013 De la république en Amérique française. Anthologie pédagogique des discours républicains au Québec, 1703-1967 (avec Stephen Kelly, Marc Chevrier et Simon Trudeau).

Il a présenté une communication, « Républicanisme et citoyenneté dans le discours politique québécois de 1830 à 1867 », au colloque « Républicanisme, multiculturalisme et laïcité » organisé par la Revue Tocqueville/The Tocqueville Review, la Faculté des sciences sociales et la Faculté de Philosophie de l’Université Laval, 5 octobre, 2012.

Il a participé aux émissions suivantes : « N ouveaux regards sur l’histoire : le Printemps de l’Amérique française », Nouveaux regards sur l’histoire, Robert Comeau animateur, radio Ville-Marie, diffusion octobre, 2012 ; « La république au Québec », Nouveaux regards sur l’histoire, diffusé 24 février 2012 ; « Louis-Joseph Papineau », émission Au tour de l’histoire, Vox télé, diffusé janvier 2012.

Dixième Fauteuil : Marie-Thérèse Lefebvre

Tambour battant, Marie-Thérèse Lefebvre dirige le projet « Regards croisés sur la réception critique francophone et anglophone des arts de la scène à Montréal entre 1900 et 1950 : musique, théâtre, danse », qui regroupe les chercheurs suivants : Marie Beaulieu, Dominique Garand, Hervé Guay, Lorne Huston et Jean-Pierre Pinson. Elle est aussi associée au projet dirigé par Karim Larose, « L’underground musical au Québec dans les années 1970 », étude collective et multidisciplinaire sur la contre-culture au Québec dans les années 1970.

Excursion au fort no 1 de Lévis

Fidèles à leur tradition d’effectuer en groupe des visites de sites historiques québécois, les Dix se sont rendus au site du Fort de Lévis le 15 juin 2012. Ce fort est le dernier d’une série de trois ouvrages défensifs construits entre 1862 et 1875 sur la rive sud de Québec pour défendre la capitale contre une éventuelle attaque des Américains. Le site est administré par Parcs-Canada et on y découvre divers aspects de la vie militaire du XIXe siècle.

Les Dix en entrevue à Radio Ville-Marie en 2011 et 2012

Depuis 2011, plusieurs membres des Dix ont participé à l’émission Nouveaux regards sur notre histoire diffusée tous les samedis à 18 heures, sur les ondes de Radio Ville-Marie, au 91,3 FM à Montréal et ailleurs en région. On peut écouter ces émissions en différé en visitant le site web de la Société historique de Montréal, à la rubrique « Émissions précédentes » : http ://www.societehistoriquedemontreal.org/

Émissions du 19 mars et du 26 mars 2011 : La laïcité québécoise

L’historien Robert Comeau s’entretient avec Yvan Lamonde, historien des idées au Québec et auteur du livre L’heure de vérité. La laïcité québécoise à l’épreuve de l’histoire, (Del Busso Éditeur, 2010)

Émission du 12 novembre 2011 : Les politiques culturelles d’Athanase
David

Dans le cadre des 9e Entretiens Pierre-Bédard tenus à l’Assemblée nationale du Québec à l’occasion du 50e anniversaire du ministère des Affaires culturelles, Fernand Harvey, historien et sociologue, aborde le rôle précurseur d’Athanase David dans l’élaboration des politiques culturelles au Québec entre 1919 et 1936

Émission du 26 novembre 2011 : Vers la laïcisation de la culture

Dans le cadre des 9e Entretiens Pierre-Bédard tenus à l’Assemblée nationale du Québec à l’occasion du 50e anniversaire du ministère des Affaires culturelles, Yvan Lamonde, historien, aborde le cheminement vers la laïcisation de la culture avant la création du ministère des Affaires culturelles du Québec.

Émissions du 6 octobre et du 10 novembre 2012 : Histoire du livre et des
bibliothèques

L’historien Robert Comeau s’entretient avec Gilles Gallichan, historien et biliothécaire, spécialiste de l’histoire politique et parlementaire du Québec aux XIXe et XXe siècles, ainsi que sur l’histoire du livre et des bibliothèques.

Émission du 17 novembre 2012 : Papineau

L’historien Robert Comeau s’entretient avec Yvan Lamonde et Jonathan Livernois au sujet du livre Papineau. Erreur sur la personne, (Boréal, 2012).

Émission du 24 novembre 2012 : Le républicanisme des années 1805-1837
au Bas-Canada

L’historien Robert Comeau s’entretien avec Louis-Georges Harvey, historien, auteur du livre Le printemps de l’Amérique française. Américanité, anti-colonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837 (Boréal, 2005).

Émission du 15 décembre 2012 : La vision culturelle d’Athanase David

L’historien Robert Comeau s’entretien avec Fernand Harvey, historien et
sociologue, auteur du livre La vision culturelle d’Athanase David (Del Busso Éditeur, 2012).

Les arts en Nouvelle-France

Jusqu’en septembre 2013, le Musée national des beaux-arts du Québec présente une importante exposition intitulée Les arts en Nouvelle-France, dont Laurier Lacroix (5e Fauteuil) a été le commissaire et le directeur de projet. Il a accepté de répondre aux questions d’Yvan Lamonde sur le sens de sa démarche dans ce domaine.

Q : Laurier Lacroix, vous êtes un spécialiste de l’art au Québec aux XIXe et XXe siècles. Pourquoi ce défi sur les arts en Nouvelle-France ?
R : Il me semble y avoir plusieurs raisons pour ce choix et qui procèdent de différents ordres. J’ai étudié histoire de l’art à la fin des années 1960 et au début des années 1970, alors que l’on commençait à enseigner l’histoire de l’art du Québec et du Canada dans les universités. Il s’agissait de cours généraux et la période coloniale française y occupait une place importante. Russell Harper, à Sir-George-Williams, et François-Marc Gagnon, à l’Université de Montréal, qui ont été mes professeurs, s’intéressaient à la Nouvelle-France. Gagnon va publier au cours des années 1970 plusieurs ouvrages portant sur les recherches qu’il présentait alors dans ses cours et séminaires et auxquelles nous participions dans nos travaux de session. Il y a donc une préparation lointaine renforcée par le nationalisme de l’époque et la place qu’occupent alors les relations France-Québec qui vont insérer cette période historique à ma formation généraliste.

Même si j’ai d’abord travaillé sur le début du XXe siècle en m’intéressant à Ozias Leduc, j’ai par la suite cherché à comprendre l’évolution de la peinture religieuse en remontant dans le temps et en m’attardant sur l’influence d’un groupe d’oeuvres françaises arrivées à Québec au début du XIXe siècle, les tableaux des abbés Desjardins. Cette histoire à rebours, ce cheminement vers des origines improbables de l’art au Québec, a croisé un questionnement de fin de carrière universitaire, au moment où j’ai compris que je ne pourrais pas poursuivre tous les projets que je caressais. Que faire, que choisir devant tant de possibles. L’histoire de l’art du Québec ne jouit pas de la même tradition que les études littéraires, par exemple, et il reste beaucoup de travail de base à réaliser.

En comparant mes intérêts aux travaux qui me semblaient devoir être menés de façon prioritaire, la période du Régime français s’est imposée. Je n’avais abordé cette phase historique que de manière superficielle et rapide. En évaluant le fait qu’aucun spécialiste n’avait travaillé sérieusement sur le sujet depuis le milieu des années 1970, à l’exception de quelques incursions du côté de la sculpture et de l’orfèvrerie, j’ai décidé de m’aventurer dans cette phase orpheline de notre histoire de l’art.

Q : Depuis quand travaillez-vous sur le projet qui fait maintenant l’objet d’une exposition au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 2 septembre 2013 et d’une monographie, Les arts en Nouvelle-France ?
R : Ce projet n’aurait pas été réalisé sans une aide substantielle du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada et sans la complicité d’assistantes de recherche passionnées et dévouées qui m’ont accompagné et épaulé dans ce travail.

J’ai reçu une première subvention en 2004 qui a permis de mettre sur pied la recherche. Il ne m’a pas été possible cependant de m’y engager tout de suite à temps plein. D’autres projets de monographies et d’expositions en chantier devaient être complétés, entre autres, Robert Wolfe à la Grande Bibliothèque en 2006 et Micheline Beauchemin au Musée national des beaux-arts du Québec en 2009. Pendant ce temps les données s’accumulaient et les orientations se précisaient au fil des découvertes qui ont été financées pour une deuxième tranche de travaux.

Ainsi, à des rythmes divers, surtout pendant l’été, la recherche a cheminé jusqu’en 2010. Le Musée national des beaux-arts du Québec s’est montré intéressé à en accueillir les résultats. L’horaire de l’exposition a été modifié à plusieurs reprises en raison d’un calendrier qui doit s’adapter à différentes contraintes. L’exposition a été conceptualisée dès 2009 et je suis heureux que le Musée se soit associé à la publication de cette monographie. Aucun éditeur au Québec n’aurait osé s’aventurer dans une parution aussi coûteuse à réaliser en raison de ce qu’elle exige sur le plan des reproductions photographiques. Le Musée a pu mener une importante campagne de photographie qui rend accessible une riche iconographie, essentielle si l’on veut présenter un sujet comme celui-ci.

Q : Quels furent vos plus grands dépaysements scientifiques et intellectuels ?
R : Il y en a eu plusieurs qui sont autant de conséquences de ma méconnaissance de la période que je souhaitais découvrir et étudier. L’hypothèse de départ était que pour connaître et interpréter l’histoire de l’art de cette période il fallait identifier les oeuvres importées de France ou réalisées localement et non plus travailler à partir des seules oeuvres conservées comme on l’avait surtout fait jusqu’à maintenant. Ces pièces toujours accessibles sont des témoins essentiels mais que représentent-elles par rapport à l’intense activité d’importation et aux réalisations des artistes et artisans canadiens. La recherche était alors orientée vers le domaine dont je suis familier, celui des images. Les travaux s’intéressaient aux éléments porteurs d’un contenu iconographique (peinture, gravure, sculpture, arts décoratifs historiés). La recherche dans les inventaires a permis d’identifier un corpus important, beaucoup plus riche que celui espéré, et qui pointait vers des pratiques et des usages qu’il fallait déterminer.

Ces statistiques et ces informations sur des oeuvres disparues et conservées ne pouvaient faire sens que si l’on pouvait comprendre le rôle qu’elles ont joué à l’époque, les raisons de leur création, les fonctions qu’elles servaient et comment elles étaient appréciées. En retournant aux sources (récits de voyage, correspondances, rapports des missionnaires et autres agents de la colonisation) des indices mettaient à jour les relations que les Français et les Canadiens entretenaient avec ces oeuvres. Une autre évidence s’est imposée qui pointaient l’absence de hiérarchie entre les beaux-arts et les arts décoratifs, le croisement des relations entre les sphères civiles et religieuses dans les pratiques culturelles.

Une troisième étape devenait essentielle qui exigeait d’étudier, non pas seulement une partie de la production artistique, mais de tenter de la saisir dans son ensemble. Je n’avais pas les compétences non plus que le temps d’intégrer l’architecture, mais c’est là qu’il faudrait commencer pour mieux saisir le rôle et la dynamique des oeuvres dans les espaces et décors domestiques et religieux. La construction d’une église ou chapelle, par exemple, entraîne, entre autres, la réalisation d’un autel souvent coiffé d’un baldaquin avec son tabernacle sculpté et surmonté d’un tableau. L’orfèvrerie pour le culte et des parements peints ou brodés pour recouvrir le tombeau et signaler les différentes fêtes liturgiques complètent le tout. Bref un ensemble d’oeuvres reliées qui ne fait véritablement sens que si on le saisit dans sa totalité.

Parallèlement à cette recherche, la lecture des sources a permis de signaler la place d’une production artistique réalisée par les Amérindiens. J’étais réticent à aborder ce sujet pour lequel je n’avais pas la formation nécessaire et qui demande des connaissances d’un tout autre ordre. Finalement, j’ai marqué l’importance de cette tradition en la présentant du seul point de vue que je pouvais maîtriser un peu mieux, à savoir la manière dont les Blancs en ont parlé et en rappelant quel statut ils lui ont accordé. L’essentiel de cette production de la période de contact et des XVIIe et XVIIIe siècles est elle aussi disparue. Quelques exemples survivent dans des collections européennes avec des provenances très incomplètes qui rendent difficile leur interprétation historique et je ne voulais pas en discuter de manière anachronique ce qui aurait amené à des extrapolations sur des pratiques plus anciennes. L’étude des 150 ans d’art de la période coloniale française montre tellement de transformations que je ne pouvais me permettre d’aborder de manière monolithique l’art des différentes nations autochtones.

À partir d’un questionnement sur les beaux-arts et surtout la peinture, la recherche a imposé une perspective interdisciplinaire et une lecture plus systémique des oeuvres en lien avec les réseaux de commanditaires, de donateurs et de producteurs. La rencontre avec l’art autochtone est pointée sans qu’elle soit approfondie. Mon point de vue pictographique s’est déplacé pour signaler les conséquences de conditions géo-culturelles particulières propices au développement d’une nouvelle culture. La disparition de l’essentiel des oeuvres de cette période me porte cependant à considérer que nous ne comprendrons jamais que d’une manière fort incomplète la nature de la production de cette époque. Il est possible d’avancer des hypothèses, d’échafauder des conclusions, mais les pertes sont trop importantes et nous amènent à construire une histoire fragmentaire et tributaire des conventions qui structurent nos récits.

En effet, cette recherche conduit à un constat sur la perte et l’absence. L’histoire de l’art s’écrit dans un rapport de nostalgie avec le passé en cherchant à garder vivante la mémoire d’objets anciens qui se retrouvent dans notre environnement. Dans ce cas, la recherche conduit cependant vers un deuil inconsolable dans la mesure où nous sommes face à un moment de civilisation qui a quasi complètement disparu. L’on sait que ce passé a existé, qu’il a été volubile, prolixe et multivoque, mais les échos des voix nous parviennent par bribes décousues et brisées et rendent leur interprétation quasi impossible, sinon que par la constitution de systèmes qui sont la traduction de la vision que nous pouvons nous faire de ce moment historique.

En invitant d’autres spécialistes à joindre leur voix à la mienne dans la monographie, j’espérais combler en partie cette lacune, en abordant des sujets de manière plus pointues, ce qui permet de traiter d’un aspect plus en profondeur que ne le fait mon texte de synthèse et d’ouvrir sur des aspects complémentaires qui élargissent et enrichissent notre compréhension du statut de l’art en Nouvelle-France.
Q : Un mot sur les sources disponibles, de tous types. Quelle fut l’importance des inventaires après décès dans votre recherche ?
R : Plusieurs types de sources se sont combinés. D’abord, les monographies de paroisses, la quasi totalité des paroisses mises sur pied dans le diocèse de Québec au cours de la période bénéficient d’une ou de plusieurs monographies qui publient les sources premières. L’Inventaire des oeuvres d’art (IOA) réalisé par Gérard Morisset et ses adjoints à partir de 1937 transcrit les sources premières et enrichit et complète les informations des monographies. En cas d’absence de monographie ou de relevé dans l’IOA, un terrain s’imposait afin de compléter les informations.

Le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec a publié également de nombreuses sources premières (ex. correspondances et inventaires) et la rééditioncritique de plusieurs récits anciens a permis un accès facile à des textes fondateurs. L’historiographie du XXe siècle est très riche sur la période, il s’agissait de la détourner et de prélever ce qui intéressait mon propos.

L’accès aux inventaires après décès est une source capitale pour connaître le patrimoine mobilier des civils. C’est une mine à ciel ouvert dont la création de BAnQ a rendu et rendra la consultation encore plus facile au fur et à mesure que seront numérisés ces documents. Il faut beaucoup de temps pour les déchiffrer et les interpréter en créant des séries. Un assistant de recherche y consacre sa thèse qui sera déposée bientôt, mais il en a déjà publié plusieurs résultats qui sont intégrés à l’analyse.

Les oeuvres elles-mêmes fournissent des indices qui permettent leur interprétation. Il est curieux de remarquer que pour plusieurs d’entre elles nous ne disposons pas de sources capables de les inscrire de manière précise dans le temps. Ainsi, l’essentiel de la production est connue par la documentation archivistique qui est souvent muette sur des pièces qui existent toujours. Aucun type de source n’est donc à négliger.
Q : L’exposition est divisée en trois parties : Représenter, Décorer, Prier. Comment êtes-vous arrivé à ces trois catégories ? Entre quoi d’autre et cette division avez-vous hésité, si c’est le cas ?
R : Il était impensable de présenter l’exposition Les arts en Nouvelle France de manière chronologique, ce qui était possible cependant dans la monographie car le texte permet de créer des relations entre archives et oeuvres. Comme je l’ai dit, l’essentiel des oeuvres a disparu, il y a des vides importants et plusieurs oeuvres ne peuvent être datées précisément, telles les oeuvres d’art décoratif importées, par exemple, la faïence peinte, dont on ignore souvent à quel moment précis tel ou tel objet a pu être apporté de France. Un accrochage chronologique aurait entraîné des répétitions qui auraient rendu le parcours moins intéressant et compréhensible pour le visiteur. Il fallait donc penser une autre typologie, un autre mode d’organisation. Ce sont les résultats de la recherche orientés vers les fonctions de l’art qui ont suggéré ce découpage. Le thème « représenter » a été utilisé par économie car il combine, représenter et se représenter. Il est à la fois l’occasion de montrer l’image que l’on s’est faite de cet espace et la façon dont un certain nombre d’acteurs a choisi de se faire représenter, d’où la quantité importante de portraits.

Des thèmes liés à la propagande et aux relations de pouvoir auraient pu également servir de lignes de force et permis de regrouper un certain nombre d’oeuvres : cartes, oeuvres religieuses ou à caractère didactique. Il est évident que le mot « prier » aurait pu se décliner en sous-sections, mais je crois que le visiteur comprend que les pièces réunies renvoient tant à la dévotion populaire, qu’à la pratique du culte jusqu’à la nécessité de posséder les objets les plus luxueux.
Q : Comment pondérer l’importance de l’art civil et de l’art religieux durant la période ?
R : L’art qui a été à l’usage des civils est le moins bien conservé même s’il est amplement documenté dans les archives. Les inventaires mentionnent tous les éléments du décor et dénotent qu’on devait s’entourer d’objets répondant aux différentes activités humaines tout en signalant le goût et le statut socio-économique de son propriétaire. Le temps, les changements de goût, les accidents ont détruit ce patrimoine dont on exhume les fragments dans les fouilles archéologiques pour les biens qui ne sont pas constitués de matière organique.

Les communautés religieuses qui se perpétuent jusqu’à maintenant sont plus conservatrices et ont gardé un certain nombre d’artefacts qui évoquent le moment de leur fondation et certaines étapes de leur développement. Elles ont souvent accueillies en don des pièces de bienfaiteurs civils et une grande partie de cette culture matérielle domestique, orfèvrerie, faïence, mobilier est conservée chez les religieux.

Des pans entiers de la production profane, comme la sculpture navale, ou la production de certains artistes documentés par les archives, sont disparus. Il est donc possible de l’évoquer à partir des sources mais impossible de l’analyser en raison de son absence.

Q : Le livre et l’écriture sont assez souvent représentés (Les arts en Nouvelle-France, p. 37, 51, 54, 78, 87, 103, 105, 118, 151, 153, 233, 235, 250, 251) en peinture et en sculpture. Si l’on réfère aux travaux de François Melançon sur la circulation
de l’imprimé en Nouvelle-France, peut-on dire que les modes de circulation de l’art sont du même type ? Sinon, avec quelles spécificités et pourquoi ?
R : La thèse de François Melançon (Le livre dans le premier XVIIIe siècle : la migration d’un objet culturel, Université de Sherbrooke) m’a beaucoup intéressé. Son analyse des réseaux de commandes et de circulation des livres en Nouvelle-France démontre que les Canadiens étaient des acteurs dynamiques dans l’achat des imprimés et dans la constitution des bibliothèques dont les ouvrages portent sur es sujets reliés aux pratiques religieuses, légales, éducatives et scientifiques. L’absence de presse dans la colonie réduit la capacité de répondre aux besoins plus immédiats de la population et la rend tributaire de l’offre des fournisseurs métropolitains.

L’émigration de professionnels va cependant offrir un modèle différent en ce qui concerne les beaux-arts et les arts décoratifs. Dès le XVIIe siècle, des artistes et artisans sont de passage dans la colonie et réalisent quelques oeuvres. Au XVIIIe siècle, ils s’établissent à demeure et proposent à leurs clients une production qui doit certes aux modèles français dont ils sont tributaires mais qui s’adapte aux conditions locales, compte tenu des matériaux et des outils disponibles. La personnalité de ces créateurs, leur formation, souvent limitée, tout comme la nature des commandes vont également caractériser cet art colonial.

En ce qui a trait à la représentation du livre dans de très nombreuses oeuvres picturales évoquées dans votre question, elle dénote la même tendance qu’en Europe, à savoir que le livre est un marqueur socioculturel important. Il confère aux personnes qui y sont associées un statut particulier et une autorité dont le savoir puise dans les connaissances accumulées depuis des siècles.

De plus, comme vous le suggérer, les textes rédigés par des auteurs qui ont une expérience nord-américaine servent à diffuser récits de voyage, connaissances scientifiques (en particulier, la botanique et la zoologie) et biographies de religieux, différents sujets qui enrichissent les connaissances et permettent à la France des investisseurs et des curieux de connaître ce nouveau continent sous ces nombreuses facettes.

En bref, l’art de la période coloniale française n’est pas monolithique et il se caractérise par des phases d’adaptation à un nouvel environnement soumis à des conditions différentes à divers moments de son histoire. Il se caractérise par une autonomie de plus en plus marquée face à l’art français et semble suggérer — donnons dans l’uchronie — que si les circonstances politiques n’avaient pas amenées la France à abandonner sa colonie en 1763, celle-ci aurait sans doute profité des révolutions des prochaines décennies pour affirmer la distinction culturelle qui l’éloignait de plus en plus de la mère patrie.

La Société Charlevoix publie son 9e Cahier

La Société Charlevoix, société-soeur de la Société des Dix, a un nouveau secrétaire depuis 2012 en la personne de Michel Bock, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. Il remplace Michel Gaulin, démissionnaire qui devient membre émérite.

La Société a publié le numéro 9 (2012) des Cahiers Charlevoix. Études franco-ontarienne aux Presses de l’Université d’Ottawa. Trois articles composent ce numéro, en plus d’une chronique de la recherche : Simon Laflamme : « Passage de l’élémentaire au secondaire et décrochage culturel en Ontario français. Élimination de quelques facteurs » ; michel bock, « Jeter les bases d’une « politique franco-ontarienne » : le Comité franco-ontarien d’enquête culturelle à l’heure des grandes ruptures (1967-1970) » ; Jean-Pierre Pichette, « Germain Lemieux par lui-même (1914-1958) »