Lucie Robert accède au fauteuil n° 6

Présentation de Lucie Robert
Fauteuil n° 6
Par Bernard Andrès

« La langue est la métaphore de l’histoire ».

Lucie Robert, vous le savez, est ma collègue au Département d’Études littéraires de l’UQAM. Elle y fut même ma directrice durant quelques années. Un département où nous avons elle et moi enseigné les Lettres et la dramaturgie québécoises, mais aussi la sociocritique. C’est dire que nos intérêts académiques ont toujours convergé et qu’ils se recoupent encore. C’est pourquoi je me réjouis aujourd’hui de lui passer le relais à la Société des Dix, en vous adressant ces quelques mots de présentation.

Lucie a été formée à l’Université Laval où ses études doctorales ont porté sur le Manuel d’histoire littéraire de Camille Roy et sur l’institution littéraire au Québec. Elle a reçu deux fois le Prix Raymond-Klibansky, d’abord pour la publication de sa thèse, puis, en collaboration, pour sa participation au premier tome de La Vie littéraire au Québec. Ce tome, placé sous la direction de Maurice Lemire, portait sur ma période de prédilection : 1764-1805. Il est paru en 1991, à l’époque où je lançais moi-même le chantier de l’Archéologie du littéraire au Québec.

Fidèle artisane du vaste projet La Vie littéraire au Québec, initié par l’Université Laval, Lucie a co-dirigé avec Denis Saint-Jacques le tome V (sur le tournant du XXe s). Avant même La Vie littéraire au Québec, Lucie collaborait déjà au projet antérieur du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec (tomes 2 à 5, 8, 9).

Dans La Vie littéraire Lucie est responsable des sections sur les Biographies, l’histoire (comme genre littéraire), la vie théâtrale et les textes dramatiques. J’ajoute que, spécialiste de la dramaturgie québécoise, Lucie tient avec application, depuis plus de 30 ans, la chronique « Dramaturgie », dans Voix et images. Vous l’avez peut-être aussi entendu ses chroniques de dramaturgie à Radio-Canada.

Ce qu’on sait moins, car c’est secret (j’ai mes renseignements!), c’est que Lucie a fourni dans l’ombre (sans signature) la majeure partie des chapitres sur l’Éloquence religieuse, les Satires, les Pamphlets et la Polémique au XIXe siècle. Actuellement, elle s’occupe des radioromans, des causeries radiophoniques et de la Littérature jeunesse. Bientôt viendra, en plus de ces sujets, la littérature télévisuelle avec le prochain tome de La vie littéraire: 1948-1962.

Spécialiste du XIXe siècle québécois, mais aussi de la première moitié du XXe, Lucie s’intéresse à l’histoire littéraire des femmes, mais, plus largement, aux Lettres et à la scène québécoises (en théâtre, elle « couvre » aussi toute la production contemporaine). Elle a dirigé d’importants projets subventionnés, dont le fameux CRILCQ (Centre interuniversitaire de recherche sur la littérature et la culture québécoises). Durant ces 10 dernières années, elle a aussi animé deux projets CRSH, l’un sur l’Histoire de la vie artistique au Québec de la fin du XIXe siècle à la Deuxième guerre mondiale, et l’autre sur la vie artistique au Québec (1895-1948).  

Dans le domaine de l’édition, outre la revue Voix et images qu’elle a dirigé avec brio, Lucie a travaillé sur le roman Charles Guérin de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Elle a également consacré de nombreux articles et chapitres de livres à Philippe Aubert de Gaspé, Henri-Raymond Casgrain, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, Octave Crémazie, Joseph Quesnel, Laure Conan, Louis Fréchette et François-Xavier Garneau (notamment dans un ouvrage codirigé par Gilles Gallichan en 1998).

On ne compte plus ses collaborations aux encyclopédies et dictionnaires :

  • Dictionnaire biographique du Canada
  • Dictionnaire des artistes du théâtre québécois
  • La Nouvelle Encyclopédie canadienne,
  • The Oxford Companion to Canadian Theatre,
  • Le Robert littéraire,
  • Le Dictionnaire des intellectuels, codirigé par Yvan Lamonde.

Actuellement, – autre secret que je peux vous révéler – dans l’actualité la plus brûlante qui soit, Lucie est aussi chargée de (et surchargée par) une série impressionnante de notices sur la dramaturgie, dans un certain Atlas littéraire québécois, que Pierre Hébert et moi-même dirigeons avec Alexandre Gagnon (Atlas littéraire pour lequel, du reste, nous avons débauché trois autres sociétaires des Dix !).

Mais revenons aux Dix qui accueillent aujourd’hui notre collègue et amie et qui attendent beaucoup de sa venue dans notre petite académie. À quoi pouvons-nous nous attendre de sa part, dans nos discussions et dans nos Cahiers ?

Parmi les thèmes chers à Lucie, thèmes que nous retrouverons certainement dans nos Cahiers, mentionnons la critique féministe, les notions d’« art social », de « canon littéraire», de discours biographique et de signature. C’est aussi tout le domaine de la littérature orale, et au théâtre, du corps et de la voix, ainsi que le monologue au féminin.

Pour finir, deux mots sur ce qui nous rapproche, Lucie et moi, mais aussi nous tous, aux Dix : l’intérêt soutenu pour l’Histoire. L’Histoire et la façon de la lire et de la dire. J’aime beaucoup le titre d’un article de Lucie dans Les Cahiers d’histoire du Québec au XXe siècle (1998). Son travail portait sur le « Dire, au théâtre ». Et Lucie avait cette superbe formule sur laquelle je terminerai cette présentation trop lacunaire: « La langue est la métaphore de l’histoire ».

Bienvenue, Lucie, dans l’histoire des Dix !

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