Conférence virtuelle par Marie-Thérèse Lefebvre, membre émérite des Dix et Bertrand Guay.
L’événement, offert par les éditions du Septentrion et les sociétés historiques de Québec et de Montréal, aura lieu mardi le 26 mai à 19 h 30. Vous pourrez y accéder sur Facebook ou en suivant le lien suivant lors de l’événement : https://www.societehistoriquedemontreal.org/conferences-en-direct-sur-le-web/
À l’issue de leur intervention, nous leur relaierons vos questions. N’hésitez pas à les poser sur Facebook lors de l’événement ou à nous les envoyer dès maintenant par courriel.
Madame Louise Pothier, conservatrice et archéologue en chef à Pointe-à-Callière, cité d’archéologie et d’histoire de Montréal, a été élue au fauteuil no 8 de la Société des Dix; elle remplace Fernand Harvey à ce fauteuil qui devient membre émérite des Dix. La médaille des Dix a été remise à madame Pothier le 12 février 2020 à la Maison de la littérature à Québec par Fernand Harvey, secrétaire sortant.
La Société des Dix a procédé au lancement du Cahier n° 73 le 12 février 2020 à la Librairie Laliberté de Québec, au corus duquel les travaux de l’historien et photographe Pierre Lahoud ont été reconnus par la remise du Prix des Dix. Explorer la mémoire et l’histoire, telle est la mission des Cahiers de la Société des Dix.
Ce 73e numéro est enrichi par des textes d’une vaste érudition qui lui confèrent encore une fois une portée multidisciplinaire.
Denys Delâge propose une vaste synthèse qui démontre la filiation historique entre les Innus contemporains et leurs ancêtres de la préhistoire. En cela, il réfute un préjugé de la tradition historiographique soutenant l’idée que les Indiens des temps anciens auraient disparu. Cette négation d’une continuité s’expliquerait par la méconnaissance de l’altérité des Innus par rapport aux Européens. Denys Delâge s’emploie à la mettre en lumière dans son article en ayant recours à la linguistique, aux sources historiques et à la tradition orale. Les contraintes imposées aux Innus — peuple nomade réparti en petites communautés locales sur un vaste territoire aux ressources alimentaires variables — ont contribué à structurer leur organisation sociale fondée sur un réseau de parenté élargi, lequel a facilité les alliances et le commerce avec d’autres nations.
Dans son premier article comme membre des Dix, Christian Blais reconstitue divers éléments jusqu’ici négligés qui ont forgé la constitution du Québec entre 1763 et 1947. Il s’agit essentiellement des commissions et des instructions royales transmises par la Couronne britannique aux différents gouverneurs en poste dans la colonie, qui avaient force de loi sitôt rendues publiques. Selon Christian Blais, il importe d’en tenir compte parallèlement aux grandes mesures constitutionnelles que sont la Proclamation de 1763, l’Acte de Québec de 1774, l’Acte constitutionnel de 1791, l’Acte d’Union de 1840 et la Confédération de 1867. Au final, on comprend que l’avènement du gouvernement responsable au milieu du XIXe siècle constitue un point de bascule qui finit par marginaliser le pouvoir du gouverneur comme agent de la Couronne britannique.
L’article de Simon Langlois traite d’un organisme souvent mentionné au passage dans l’histoire des politiques culturelles au Québec, mais jamais analysé en profondeur : le Conseil des Arts du
Québec, qui a connu une existence éphémère et tumultueuse entre 1962 et 1968. Formée de 26 membres nommés par le gouvernement et sous la présidence du sociologue Jean-Charles Falardeau, cette instance au statut mal défini est entrée en conflit avec le ministre des Affaires
culturelles, Georges-Émile Lapalme, et son sous-ministre Guy Frégault. Alors que ces derniers considéraient le Conseil comme purement consultatif, Falardeau souhaitait y définir une véritable politique culturelle pour le Québec et aligner son action sur le modèle du Conseil
des Arts du Canada pour l’attribution des subventions.
De son côté, Laurier Lacroix nous fait visiter l’atelier du peintre Ozias Leduc (1864-1955) à Saint-Hilaire qu’il nomme Correlieu. Construit en 1890, cet atelier polyvalent permet à l’artiste de créer en toute quiétude et de l’utiliser comme lieu d’exposition et d’entreposage de ses oeuvres. Correlieu se veut aussi un espace de sociabilité remarquable pour trois générations de visiteurs entre 1890 et 1954. On y trouve d’abord un réseau de parents et d’amis issus de l’élite locale, bientôt suivis de différents acteurs du monde littéraire et artistique. L’atelier devient aussi un centre d’affaires pour les collectionneurs et les marchands.
Lucie Robert explore dans son article la pratique du théâtre de société au Québec au cours du dernier tiers du XIXe siècle, à partir des créations et des réalisations de Félix-Gabriel Marchand et des membres de sa famille parmi lesquels se démarque sa fille Joséphine. Présentée d’abord à Saint-Jean, où réside la famille Marchand, cette forme de théâtre amateur rejoint bientôt un public plus large dans différentes villes du Québec ainsi qu’à Ottawa et trouve sa justification dans le soutien à des oeuvres de charité. Selon Lucie Robert, il y a lieu de réfléchir sur le rôle du théâtre de société dans la redéfinition de la sociabilité bourgeoise à la fin du XIXe siècle tout comme dans les rapports de parenté, comme le suggèrent les textes dramatiques, surtout des
proverbes, rédigés par les Marchand père et fille.
Dans son article, Jocelyne Mathieu rappelle le caractère polyvalent de l’action de Françoise Gaudet-Smet qui a occupé une place importante dans l’espace public au Québec entre 1926 et 1986. On se souvient d’elle pour ses interventions dans les journaux, à la radio et à la télévision en faveur d’un milieu rural à la fois moderne et enraciné dans une tradition revisitée. Elle fonde même sa propre revue, Paysana, en 1938. Journaliste, conférencière et écrivaine, Françoise Gaudet-Smet dispense ses conseils pratiques aux femmes tout en abordant des enjeux de société plus larges. Comme le souligne Jocelyne Mathieu : « Tout en ayant valorisé toute sa vie l’agrément de la vie à la campagne et de la bonne tenue de maison, elle incite les femmes à regarder ailleurs, à s’ouvrir, à s’inspirer du passé, mais pour vivre dans le présent ».
Andrée Fortin analyse un corpus de 20 films québécois produits essentiellement depuis 2000 et qui prennent la forme de fictions biographiques, également appelés biofictions, en anglais biopics. Ces longs métrages racontent la vie de personnages connus, tels Maurice Richard, Alys Roby, La Bolduc, Thomas Chevalier de Lorimier, sous le mode de la fiction plutôt que du documentaire avec des comédiens qui incarnent ces personnages. Si la biofiction est largement pratiquée en France et aux États-Unis, cette forme d’expression cinématographique revêt certaines caractéristiques particulières dans le cas du Québec. Nationalisme, féminisme et figures de la victime constituent des thèmes et traits récurrents qui transcendent les destins individuels pour rejoindre le destin collectif, comme le démontre Andrée Fortin.
Louis-Georges Harvey met en lumière un fait oublié, celui de la mort violente du soldat William Hands à Montréal en 1835. Cette mort suspecte a donné lieu à un procès où deux Canadiens ont été accusés de meurtre avant d’être finalement acquittés par le jury, grâce à la plaidoirie de deux avocats du Parti Patriote. Les événements entourant ce procès mettent en évidence trois éléments interreliés : d’abord la violence urbaine à une époque où il n’existait pas encore de corps de police dûment constitué; viennent s’ajouter les tensions politiques entre la mouvance tory et ultra-tory d’une part et le Parti Patriote d’autre part; et pour couronner le tout, la partialité et la corruption du système de justice colonial.
Enfin, Yvan Lamonde revient sur la période des Rébellions de 1837-1838 dans le Bas-Canada en analysant les causes de l’inachèvement du projet d’émancipation coloniale par les acteurs de l’époque. Parmi les causes de cet échec, il met en lumière les désaccords et les oppositions parmi les Canadiens à propos des orientations de ce projet d’émancipation tout autant que les moyens mis en oeuvre pour le réaliser. Des questions telles que la divergence des points de vue politiques entre Montréal et Québec, l’impréparation militaire, les problèmes de communication et le manque d’appuis étrangers comptent parmi les causes de cet échec.
Lors de la soirée du lancement du Cahier n° 73 de la Société des Dix, qui s’est tenue le 12 février 2020 à la Librairie Laliberté de Québec, les travaux de l’historien et photographe Pierre Lahoud ont été reconnus par la remise du prix de la Société des Dix.
Présentation de Gilles Gallichan (membre émérite de la Société des Dix) Le Prix des Dix a été institué pour reconnaître une contribution remarquable dans le domaine de l’histoire du Québec soit en recherche, soit en diffusion. On peut affirmer que Pierre Lahoud, lauréat du Prix 2020, répond amplement à ces deux critères ; sa contribution est majeure tant pour ses travaux qui ont fait avancer la connaissance de l’histoire et du patrimoine québécois que pour ses publications qui l’ont fait connaître à un large public.
Pierre Lahoud, historien et photographe scientifique, Prix des Dix 2020. (Photo : Richard Saint-George)
C’est au ministère des Affaires culturelles, devenu ministère de la Culture et des Communications, que Pierre Lahoud a consacré une carrière de 35 ans, plus précisément, à la direction du Patrimoine. Il y a procédé à des inventaires territoriaux pour appréhender l’immense étendue du travail qu’il y avait à faire dans ce domaine. La grande région de la capitale nationale a été son principal champ de recherche. Il a travaillé sur presque tous les projets et les grands dossiers du patrimoine de Québec, de la rive sud, de la Côte-de-Beaupré et de l’Île d’Orléans où il habite. Mais il a aussi été associé à des dossiers patrimoniaux dans la région de Montréal, au Saguenay et en Gaspésie.
Il a laissé sa trace dans la sauvegarde et la mise en valeur de plusieurs de nos grands monuments d’exception. Citons, à titre d’exemples, le Monastère des Augustines à Québec, les Nouvelles-Casernes, vestiges des dernières années du Régime français à Québec, le Manoir Amable-Dionne et le site de la seigneurie des Aulnaies à Saint-Roch-des-Aulnaies, la reconstruction du manoir Philippe-Aubertde-Gaspé, devenu le Musée de la Mémoire vivante à Saint-Jean-Port-Joli, le vieux couvent de Château-Richer et le monastère d’Oka. À l’Île d’Orléans, qu’il affectionne particulièrement, il a beaucoup oeuvré à la préservation de son caractère historique, notamment au Manoir Mauvide-Genest, à la Maison Drouin et à l’Espace Félix-Leclerc. Depuis la fusion des fabriques paroissiales de l’île, il préside un comité qui travaille à l’inventaire des biens et à la préservation du patrimoine religieux des anciennes paroisses de l’Île d’Orléans.
Il a été professeur invité dans plusieurs universités au Québec et en France. Par son action compétente et discrète, il a contribué à la conservation de nombreux monuments et sites du Québec en leur donnant la base essentielle d’une expertise documentaire qui les protège de la bêtise et de l’oubli qui sont deux ennemis mortels de notre patrimoine.
Le chercheur, doublé d’un observateur, s’est fait photographe et c’est du haut des airs qu’il a colligé, au fil des saisons, un immense répertoire des paysages naturels et bâtis du Québec. Cette vision du territoire a donné une dimension nouvelle à l’étude du patrimoine et un regard neuf pour le comprendre. Paradoxalement, c’est à vol d’oiseau que Pierre Lahoud nous a fait découvrir les racines profondes de ce pays et du peuple qui l’a façonné, suscitant une fierté légitime devant tant de beauté.
Au fil des ans, il a publié, seul ou en collaboration, plus de trente livres, dont plusieurs témoignent de ses qualités de vulgarisateur. Le géographe Henri Dorion a été pour lui un collaborateur et un ami qui l’a accompagné dans cette aventure qui fait rayonner le Québec dans le monde. En 2019, Pierre Lahoud a déposé sa collection de près d’un million de photos, de clichés et de diapositives à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour y conserver la mémoire de milliers de sites et de paysages, car, on le sait, les paysages changent
et peuvent aussi être menacés. Il s’agit d’un legs majeur pour le Québec tout entier.
Il a participé à la création de l’Association des beaux villages du Québec (1997) et des Villes et villages d’art et de patrimoine (1998) qui créent une saine émulation, contribuant à l’embellissement, à la revitalisation et à la mise en valeur de lieux qui ont su conserver
l’essentiel de leur âme.
Pierre Lahoud est donc un formidable animateur culturel qui a sensibilisé les Québécois à la valeur de leur patrimoine et qui stimule à présent de nouvelles énergies à poursuivre une oeuvre remarquable. La Société des Dix a tenu à lui remettre son prix pour l’année 2020 en
signe de reconnaissance pour le travail accompli et d’encouragement pour l’avenir.